Le paradoxe de la productivité mal-aimée
- Maxime Gaudreau

- 22 avr.
- 3 min de lecture
Depuis deux semaines, j'utilise une application de speech-to-text sur tous mes appareils pour rédiger mes textes, mes messages, mes notes, mes idées au vol. Je n'ai jamais aimé taper sur un clavier d'ordinateur, encore moins celui d'un téléphone. J'ai toujours l'impression de perdre mon temps, d'aller à la vitesse de mes doigts maladroits au lieu de celle de ce qui voudrait sortir de ma tête. De gaspiller du temps et de l'énergie qui pourrait aller ailleurs.
Parler à mes appareils au lieu d'y taper, c'est un petit geste. Mais ce qu'il me libère, lui, n'est pas petit. J'estime récupérer au moins 3 heures par semaine. Sur une année, ça représente littéralement un mois de travail. Un vrai gain de productivité.
Et c'est en remarquant ça que je me suis posé une question qui me trotte depuis : pourquoi parler de productivité, dans nos milieux de travail, met-il autant de gens mal à l'aise ?
Un mot qui crispe

Je prononce le mot « productivité » dans une conversation, et souvent je vois les yeux rouler. Parfois un petit soupir. Comme si je venais de proposer qu'on exploite les gens, qu'on ajoute une heure à la journée, qu'on presse le citron tout le monde toujours un peu plus fort.
Est-ce qu'on parle vraiment de la même chose ?
Parce que la productivité, ce n'est pas produire plus. C'est mieux investir l'énergie qu'on injecte pour obtenir un résultat. Le rapport entre ce qui entre dans un processus et ce qui en sort. Pas le nombre d'heures travaillées.
Produire la même chose avec moins. Ou produire mieux avec autant.
Un paradoxe qui me chicote
Je me demande si les mêmes personnes qui lèvent les yeux au ciel quand on parle de productivité ne sont pas aussi celles (et je m'inclus dans le lot) qui trouvent inacceptable que :
nos écoles tombent en ruines,
notre système de santé flanche sous la pression,
des milliers de gens n'ont nulle part où se loger et vivent dans la rue,
on peine à simplement maintenir nos infrastructures publiques de base, jusqu'à notre approvisionnement en eau.
Et si une partie du problème était justement un déficit de productivité ? Pas un manque d'heures travaillées. Un manque d'efficacité entre ce qu'on injecte collectivement dans nos systèmes (argent, énergie, temps, talents) et ce qui en sort.
Je ne dis pas que tout se résume à ça. Au Québec en particulier, je pense qu'on a aussi un beau chantier du côté de l'imputabilité, de la responsabilité qu'on assume (ou pas) pour les résultats de ce qu'on fait. Mais c'est une autre conversation.
Et le temps qu'on libère, qu'est-ce qu'on en fait ?
Voilà peut-être la question qui m'intéresse le plus.
Parce qu'une fois qu'on accepte la productivité pour ce qu'elle est, il nous reste un choix. Avec le temps et l'énergie qu'on libère, on peut :
produire encore plus (et c'est souvent le réflexe), ou
réinvestir ailleurs.
Et « ailleurs », ça pourrait vouloir dire :
cuisiner un vrai repas, avec des produits frais de son jardin,
prendre le temps de parler à la personne seule au café du coin,
nettoyer son petit bout de trottoir devant chez soi,
planter un arbre,
faire du bénévolat,
s'occuper de sa santé physique et mentale,
prendre soin des gens qu'on aime.
Ce choix-là, personne ne peut le faire à notre place.
Des questions, plus que des réponses
Je n'ai pas la prétention d'avoir tranché. Je me demande surtout :
Et si notre malaise avec le mot « productivité » nous empêchait, collectivement, de prendre soin de ce qui compte ?
Où voyez-vous, dans votre quotidien ou dans votre organisation, de l'énergie qui se perd sans que ce soit dû à un manque de travail ?
Et si vous aviez le choix, qu'est-ce que vous feriez du temps libéré ?




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