L'IA, mon ami Bernard, et la question qui change tout
- Maxime Gaudreau

- 25 mars
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 26 mars
L'IA ne va pas vous remplacer. Mais elle va rendre impossible de continuer à éviter la vraie question : pourquoi faites-vous ce que vous faites ?
C'est une question qui ne me quitte pas. Je me la suis posée intensément en 2018, au moment d'une mutation personnelle profonde dont je vous parle dans cet article. Ce weekend, mon meilleur ami m'a forcé à la reposer. Voici ce que j'ai réalisé.

Back in the 90s
Ce weekend, j'étais avec Bernard, appelons-le ainsi. Presque 30 ans d'amitié. Le genre d'ami qui te connaît avant que tu te connaisses toi-même.
Bernard est ingénieur. Brillant. Dédié. Intègre. Et résolument ancré dans une époque où les choses étaient peut-être un peu plus simples. Il achète encore tous ses CD. Il n'a pas d'abonnement Internet haute vitesse. Il écoute la télé en direct. Il n'a pas de compte Instagram. Il sait utiliser les technologies, mais il refuse simplement de le faire par défaut.
Entrer dans la bulle de Bernard, c'est un peu comme ouvrir une fenêtre sur les années 90. Et franchement ? C'est apaisant. C'est même l'une des raisons pour lesquelles on l'aime et qu'on se réfugie parfois chez lui comme on rentre à la maison. Chez lui, on est presque forcé d'être présent, à la conversation, aux gens, à l'instant. Quelque chose dans cet espace-là résiste à la distraction et rappelle ce qui est essentiel. Pas parce que le passé était meilleur, mais parce que ça met en relief, avec une clarté presque douloureuse, ce qu'on a perdu. La lenteur. La présence. Le fait que l'information ne vous cherche pas constamment.
À un moment du weekend, il m'a lancé, avec une pointe d'impatience à peine voilée, que l'IA semblait occuper 90% de mes conversations depuis quelques mois. Il exagérait, mais à peine, et c'était son senti. Et ça, c'est ce qui comptait.
Cette phrase a tourné dans ma tête les jours suivants.
2026, la technologie, et après ?
Je parle beaucoup d'IA, oui. De ce qu'elle fait, de ce qu'elle transforme, de ce qu'elle bouscule, de là où elle va. Mais ce qui m'importe vraiment, c'est ce qu'elle révèle.
L'intelligence artificielle agit comme un miroir brutal. Elle nous force à nous poser une question que le déferlement technologique des dernières décennies avait simplement reléguée au second plan:
Qu'est-ce qui est irréductiblement humain ? Qu'est-ce qu'une machine ne peut pas, ou ne devrait pas, remplacer ?
Si le sens de l'existence humaine réside dans l'utilisation toujours plus efficace de l'énergie, si nous sommes au fond des machines biologiques optimisées pour la performance, alors oui, nous sommes en voie d'obsolescence. Une meilleure machine nous remplacera, et c'est logique.
Mais si « le vivant » est quelque chose de plus, quelque chose de noble, de particulier, de transcendant, alors l'IA n'est pas une menace. C'est un accélérateur. Un catalyseur qui nous pousse, peut-être pour la première fois à grande échelle, à articuler collectivement ce qui nous rend précieux.
J'oscille honnêtement entre ces deux hypothèses. Mais je choisis d'orienter mes efforts avec intention vers la deuxième. Avant d'être coach exécutif, facilitateur et consultant, j'étais ingénieur informatique. J'ai commencé à programmer sur un Commodore VIC-20 dès l'enfance. Je suis souvent parmi les premiers à adopter les nouveaux outils technologiques. Peut-être de la naïveté. Ou peut-être un pari lucide sur l'humain.
Quand le confort ne suffit plus
La question du sens ne s'est pas posée à moi dans un livre ou une conférence. Elle s'est imposée brutalement, de l'intérieur.
En 2018, j'occupais un poste de VP dans une organisation stable. Confortable. Bien rémunéré. Compte de dépense. Voyages à volonté. Restaurants étoilés Michelin. Tout ce que l'on est censé vouloir.
Et je n'y trouvais plus de sens.
Ce qui a suivi n'a rien d'une transition douce. C'était une crise de la quarantaine cathartique, une table rase assumée, douloureuse et nécessaire, pour reconstruire sur des bases qui m'appartenaient vraiment. Mon intuition, qui commençait tranquillement à se clarifier, me disait que le monde allait traverser des turbulences majeures, que les modèles établis allaient être bousculés, et que je voulais traverser ces changements comme un agent libre plutôt que comme un rouage dans une machine qui ne me ressemblait plus.
J'ai donc sauté.
Construire depuis l'intérieur
Ce qui a émergé sur le plan professionnel dans les années suivantes s'inscrivait dans une réflexion profonde, nourrie depuis longtemps. Pas un plan détaillé, plutôt une intuition que le monde allait changer fondamentalement. Je pensais à ce futur depuis mon enfance. Il est arrivé plus vite que prévu.
Le coaching et la facilitation, d'abord. Aider les gens à clarifier ce qui compte vraiment, et à construire un chemin pour s'en rapprocher. C'est le cœur de ce que je fais sous la bannière d'AMIRAL.
La consultation, ensuite. Aider des organisations à naviguer les changements technologiques et humains. À garder l'humain au centre, même, surtout, quand la pression pousse dans l'autre sens.
Et la voix, enfin. Ce que peu de gens savent, c'est que je suis aussi acteur de voix hors champ sous le nom d'Amiral Media. Un métier que j'aime profondément, et qui se trouve lui aussi dans l'œil du cyclone de la disruption liée à l'IA. Je vis concrètement, dans ma propre peau, les transformations que j'aide les autres à traverser.
Trois piliers. Tous liés par la même question fondamentale :
Comment extraire le meilleur de l'humain, peu importe le contexte ?
La prochaine frontière: le sens
Le sens, meaning, est devenu la ressource la plus rare et la plus précieuse de notre époque. Pas l'argent. Pas la productivité. Pas même le temps.
Dans un monde où l'IA peut rédiger, créer et optimiser à une vitesse que nous ne pouvons pas rivaliser, la question n'est plus quoi faire ni comment le faire. La question est : pourquoi ? Pour quoi et pour qui est-ce que je me lève le matin ?
Celles et ceux qui ne peuvent pas répondre à cette question dériveront. Les organisations qui l'ignorent perdront leurs meilleurs talents, ceux qui ont assez de conscience d'eux-mêmes pour refuser de s'investir dans quelque chose qui n'est pas porteur de sens. Et elles perdront aussi leur clientèle, de plus en plus capable de sentir la différence entre une organisation qui sait pourquoi elle existe et une façade bien polie sans profondeur.
Merci, Bernard
Mon ami Bernard ne lira probablement pas cet article. Pas parce qu'il ne s'intéresse pas à ce que je fais, mais parce qu'il consomme l'information autrement. Et c'est très bien ainsi.
Mais s'il le lit un jour, je veux qu'il sache que sa remarque m'a offert un des cadeaux les plus précieux qu'un ami puisse donner : un miroir honnête.
Elle m'a forcé à articuler, une fois de plus, pourquoi tout ça m'importe. Pas parce que la technologie est fascinante en soi. Mais parce que derrière chaque transformation, il y a des humains qui cherchent leur place. Qui cherchent du sens. Qui méritent d'être accompagnés.
C'est exactement pour ça que je fais ce que je fais. Et je n'ai jamais été aussi motivé à le faire.
Vous traversez une transition, professionnelle, personnelle ou organisationnelle, et vous cherchez à clarifier ce qui compte vraiment ? Parlons-en : AMIRAL.ca




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